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INFO SANTE

 

Les petites incontinences

 

 

 

 

Encore aujourd’hui, l’incontinence reste un sujet tabou. Malgré une gêne quotidienne, les millions de personnes concernées mettent parfois cinq à sept ans avant de consulter ! Pourtant, cette affection est banale (trois millions de français sont concernés) et peut intervenir à tout âge. Elle est, de surcroît, très handicapante. L’organisation mondiale de la santé estime d’ailleurs que l’incontinence est une « véritable maladie, physiquement et socialement invalidante ».

* Comment ça marche ? Le mécanisme naturel de la miction.

Lorsque la vessie se remplit, sa pression est basse. A l’inverse, celle qui règne dans l’urètre est élevée, car les sphincters (muscles en forme d’anneau, équivalent à un robinet) sont toniques et fermés. Au cours de la miction, ces pressions vont s’inverser (la tension vésicale augmente tandis que la tension urétrale diminue), permettant au muscle vésical, nommé détrusor, de se contacter et à l’urine de s’écouler.

Pour qu’il y ait continence, plusieurs éléments doivent être réunis :

-          Une vessie normale, de volume normal, se remplissant à basse pression.

-          Un urètre qui reste suffisamment fermé grâce à l’étreinte musculaire.

-          Une commande neurologique fonctionnelle.

* Les différentes incontinences.

L’incontinence d’effort. Toux, éternuement, rire, marche, port de charges trop lourdes… La fuite d’urine, qui peut se limiter à une petite effusion, survient lorsqu’il existe une hypertension abdominale, quelle que soit sa cause. Cette forme d’incontinence est très fréquente, notamment chez les femmes qui ont plusieurs enfants de poids important à la naissance. Elles est fréquente après la ménopause, car favorisée par la baisse des hormones féminines (oestrogènes) qui diminue le tonus de l’urètre. Elle peut s’observer aussi chez des jeunes sportives qui s’entraînent intensivement. Tennis, basket, volley, course… Toutes ces activités sont en effet caractérisées par une hyperpression dans l’abdomen et des impacts importants au sol.

Enfin, des troubles urinaires d’efforts peuvent apparaître après la chirurgie(hystérectomie) chez la femme, de la prostate chez l’homme. Cette forme d’incontinence est due à un mauvais fonctionnement de l’urètre et des sphincters, le plus souvent n raison d’une faiblesse des muscles du plancher pelvien (les muscles soutenant les organes du petit bassin).

Les impériosités. Il s’agit d’envies irrépressibles d’uriner. Ce type d’incontinence s’explique par une hyperactivité de la vessie, qui se contracte involontairement. En clair, une irritabilité excessive qui peut être due à une anomalie du muscle vésical ou une simple infection (cystite). Dans ce cas, l’impériosité disparaît avec le traitement antibiotique.

Il peut aussi s’agir d’une atteinte neurologique, notamment du système nerveux central (accident vasculaire cérébral, sclérose en plaques, maladie de Parkinson). L’anxiété et le vieillissement sont aussi des causes connues d’impériosité. Il faut savoir que des mictions impérieuses peuvent souvent s’intriquer avec une incontinence urinaire d’effort.

Les incontinences par débordement. C’est en quelque sorte une incontinence par effet de trop-plein. La fuite d’urine survient quand la vessie est plaine et que la pression dépasse la résistance du sphincter. Il peut s’agir d’une fuite permanente, non liée à l’effort, et sans miction. Ces incontinences par regorgement sont dues soit à un problème neurologique, qui entraîne une faiblesse de contraction de la vessie, soit au blocage de l’urètre. Dans le premier cas, la vessie qui est moins active que la normale ne peut se vider complètement, et elle finit par se distendre. Dans le second cas, le blocage est dû à un obstacle sous la vessie. L’adénome de la prostate est la cause la plus fréquente.

* Consulter et faire un bilan.

Généraliste, urologue, gynécologue, neurologue, gériatre… Divers praticiens prendre en charge une incontinence. Encore faut-il consulter : seulement la moitié des patients concernés le font. Un interrogatoire complet et un examen clinique permettent souvent de repérer le mécanisme de l’incontinence et d’évaluer la gravité. Un certain nombre d’examens complémentaires peuvent être ensuite demandés.

Examen cytobactériologique des urines (ECBU) : c’est une analyse d’un échantillon d’urine qui recherche une infection urinaire, la présence de sang…

Echographie : cet examen indolore permet d’apprécier l’état des reins, de mettre en évidence d’éventuels calculs, d’évaluer le volume de la prostate et la qualité de la vidange de la vessie par la mesure du résidu postmictionnel (c’est à dire du volume d’urine restant dans la vessie après le passage aux toilettes.)

Cystoscopie : tout comme la gastroscopie permet d’examiner l’estomac, la cystoscopie permet de visualiser la vessie. Calcul, corps étranger, tumeur… peuvent être ainsi diagnostiqués grâce à un cystscope, introduit par le canal de l’urètre.

Examen urodynamique : Il a pour but de mesurer les pressions dans la vessie lors du remplissage et de la miction, et dans l’urètre pour apprécier le tonus de sphincter. Indolore, cet examen est indispensable avant toute chirurgie pour incontinence, et en cas de doute diagnostique.

Cystomanométrie : C’est le test de base pour diagnostiquer une incontinence par impériosité mictionnelle. Le médecin introduit une petite sonde urinaire dans la vessie et la remplit progressivement avec de l’eau. Il note pour quel volume est ressenti le besoin d’uriner, jusqu’à ce que le patient ait une envie irrépressible. L’opérateur peut détecter les contractions de la vessie et déterminer si elles sont anormales ou pas en fonction du volume de remplissage.

Débimétrie : Il s’agit d’un appareil électronique qui enregistre la pression, le volume et la durée de la miction.

* Les traitements médicaux.

Les fuites par impériosité dues à une hyperactivité du muscle vésical peuvent être traitées efficacement par des médicaments qui agissent comme antispasmodiques sur la vessie.

Ces produits sont uniquement obtenus sur prescription médicale. La sécheresse de la bouche et la constipation font partie des principaux effets secondaires rencontrés. Généralement ces médicaments sont contre-indiqués pendant la grossesse. Par ailleurs, chez les femmes ménopausées, les oestrogènes par voie vaginale peuvent être bénéfiques sur les symptômes urinaires. Attention, il faut savoir qu’à l’inverse, certains médicaments entraînent ou aggravent une incontinence.

Dans ces cas, l’arrêt ou la diminution de la diminution peuvent suffire à faire disparaître les troubles mictionnels. Lors d’une consultation pour incontinence, il est donc important d’apporter la liste de tous vos traitements habituels.

* La rééducation.

Pour être efficace, la rééducation doit être pratiquée par un kinésithérapeute spécialisé, qui connaît bien les problèmes d’incontinence. Plusieurs techniques sont possibles, isolées et/ou associées : électrostimulation, biofeedback et, bien sûr, techniques manuelles. Le but est d’améliorer le tonus musculaire du périnée et des sphincters, et d’augmenter le contrôle vésical. La première difficulté pour le patient sera d’identifier les muscles à rééduquer. Le biofeedback utilise des sondes mesurant la pression. Les variations de pression en fonction des contractions sont visualisées par la patiente sur un écran d’ordinateur, permettant un contrôle direct lors des différents exercices.

Enfin, contrairement à ces deux techniques actives, l’électrostimulation est une méthode passive. Elle consiste à stimuler des fibres musculaires pour obtenir leur contraction.

La kinésithérapie obtient généralement de bons résultats en 10 à 20 séances, mais un auto-entretien par des exercices simples est le plus souvent indispensable pour maintenir les effets à long terme.

Source : Info Santé décembre 2001 (disponible chez votre pharmacien)

Info Santé est édité par le Groupe Impact Médecin

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Rédacteur en chef : Didier Laurens